En grandissant elle est devenue une fière paysanne, propriétaire de sa terre et de camions, qu’elle, et sa famille de six personnes, utilisent pour transporter et vendre leurs récoltes dans tout le pays.

En 2013, ses terres et sa vie ont été menacées lorsque le gouvernement du Nicaragua a donné la permission à un industriel chinois de construire un canal interocéanique. Celui-ci rivaliserait avec le canal de Panama au nord. Il traverserait 173 km de terres et engloutirait l’immense lac du Nicaragua.

S’il était construit, le grand canal interocéanique battrait tous les records : deux fois plus long que le canal de Panama et suffisamment large pour accueillir d’énormes navires porte-conteneurs de 400 000 tonnes qui font la taille des gratte-ciels. Cela coûterait 40 milliards de dollars et générerait environ 5 millions de dollars de revenus par an.

Cependant, selon Francisca, le projet entraînerait également des dégâts environnementauxet sa construction déplacerait de nombreuses communautés.

Afin de construire le canal, le gouvernement a publié, sans respecter le droit à la consultation préalable des populations affectées, une loi rédigée à la va-vite et à huis clos. La loi autorisait les autorités à exproprier environ 100 000 familles paysannes et autochtones qui vivent dans la zone de construction du projet. Francisca faisait partie de ces familles.

Selon Francisca, les géomètres chinois ont rapidement commencé à venir sur ses terres et à mesurer sans son autorisation la taille de sa ferme.

Pour défendre ses droits et ceux de ses compagnons agriculteurs et agricultrices, Francisca a fondé le Conseil pour la Défense de la Terre, du Lac et de la Souveraineté.

« En 2013 » explique-t-elle, « je me suis engagée à défendre les droits humains, le droit à la propriété privée, le droit de vivre, le droit de voir nos droits respectés, le droit à une vie digne, le droit de ne pas laisser une personne décider de l’avenir des toutes les autres et le droit de protéger l’environnement face à ceux qui continuent à détruire nos terres et notre faune ». 

La première tâche du Conseil a été de créer des cercles d’étude pour mémoriser et comprendre la loi du canal afin que les paysan·ne·s puissent connaître leurs droits et porter plainte contre le gouvernement. Le projet du canal a finalement été suspendu, mais Francisca et les autres cherchent à abroger la loi afin de protéger leurs terres et leurs droits contre d’éventuelles menaces futures. Ils et elles ont également rejoint d’autres causes, telles que l’éducation des communautés et des campagnes pour abroger les lois autorisant l’expropriation foncière.

Le Conseil a organisé des dizaines de marches pacifiques à travers le pays pour demander l’abrogation de la loi sur le canal. En raison de ce travail, Francisca et sa famille ont été menacées. Mais elle n’a pas peur.

Elle a déclaré au journal El País: « Ce que je crains le plus c’est d’arrêter de parler ou de me battre. Je me dis alors : personne ne va se transformer en pierre, nous allons tous mourir. Et nous les paysans croyons qu’il vaut mieux mourir en combattant que de mourir en mendiant et loin des terres qui nous appartiennent ».

Vous voulez soutenir Francisca ? Envoyez-lui un message de solidarité ci-dessous.