Depuis des siècles, le peuple autochtone Q’eqchi de El Estor au Guatemala compte sur le poisson du lac Izabal pour se nourrir et entretenir ses familles.

La pêche est si importante pour la communauté qu’elle célèbre un dieu, Chac-Uayab-Xob ou le Grand Requin Démon, qui, protègerait les poissons du lac et ceux qui les pêchent. Mais depuis les années 1960, alors que le prix du nickel était à la hausse, le gouvernement a accordé des licences à des sociétés multinationales désireuses d’exploiter et de vendre le métal sur le marché international. Le lac et les communautés environnantes ont souffert. 

La première mine de la région, Fenix, ouverte par la Canadian International Nickel Company (INCO), est demeurée ouverte le temps que le nickel était rentable. Lorsque les prix internationaux du nickel ont baissé dans les années 1980, INCO a abandonné Fenix, non sans avoir prétendument jeté les eaux usées contaminées dans le lac Izabal, menaçant ainsi l’industrie locale de la pêche. 

Les prix du nickel ont de nouveau augmenté au début des années 2000, ce qui a entrainé la création de nouveaux sites miniers et une série de conflits avec les communautés locales. En plus de la pollution continue lac, celles-ci rapportent avoir été expulsées de leurs maisons pour faire place à de nouvelles opérations minières, elles ont aussi dénoncé des viols et harcèlements de la part des agents de sécurité de la mine. L’une des sociétés présumée responsable de ces atrocités est la société canadienne Hudbay Mineralsqui a acquis la licence pour relancer les opérations de la mine Fenix en 2004. 

La mine a de nouveau changé de propriétaire en 2011 et est passée aux mains de la société suisse Solway Investment Group qui opère par l’intermédiaire d’une filiale appelée Compañia Guatemalteca de Níquel (La Compagnie Guatémaltèque de Nickel). 

Les tensions entre les exploitants miniers et les communautés avoisinantes, alimentées par le manque de réponse du gouvernement à leurs revendications, atteint leur apogée en mai 2017, lorsque des pêcheurs locaux à El Estor ont organisé une manifestation pacifique contre la contamination du lac. 

Le 27 mai 2017, 150 manifestant·e·s ont bloqué l’accès à la mine en signe de protestation et 30 à 50 policiers anti-émeutes ont répondu en tirant des gaz lacrymogènes. Dans la confusion qui s’en est suivi, la police aurait tiré sur les manifestant·e·s, tuant Carlos Maaz Coc, 27 ans et père d’un enfant. Il dépendait de la pêche pour nourrir sa famille. Deux ans plus tard, personne n’a été tenu responsable de sa mort. 

Selon une déclarationdes experts de l’ONU, dont le Rapporteur spécial sur la situation des défenseurs des droits de l’homme, Michel Forst, le meurtre de défenseur·e·s de l’environnement au Guatemala n’est pas rare. 26 défenseur·e·s des droits humains – dont beaucoup d’autochtones – ont été tués au Guatemala en 2018. Beaucoup d’entre eux cherchaient à protéger leurs communautés des violations des droits de l’homme commises par les entreprises. 

« Nous craignons que la fréquence et la gravité de ces attaques n’aient des répercussions sur l’ensemble de la population, envoyant le message qu’il y a des conséquences dangereuses si l’on défend les droits humains. Cela est d’autant plus vrai que les crimes restent souvent impunis », ont affirmé les experts des Nations Unies dans leur déclaration. 

Après la mort de Carlos, la communauté a exigé que le gouvernement et le propriétaire de la mine assument leurs responsabilités. La réponse donnée à leurs demandes a été la prison.  

Quatre membres de l’association de pêche et six autres habitants locaux, dont deux journalistes, ont été accusés d’incitation à la violence et de manifestations illégales. Deux des personnes arrêtées ont été libérées après avoir passé plusieurs semaines en détention, mais un pêcheur demeure toujours en prison en attente de son jugement depuis juillet 2018. 

En janvier 2019, un juge guatémaltèque a décidé de poursuivre trois des membres de l’association de pêcheurset un des journalistes en justice. Il n’a guère expliqué sa décision et s’est prononcé en faveur de l’entreprise, bien que le procureur ait demandé le classement de l’affaire pour manque de preuves. 

En février les pêcheurs ont pu célébrer une petite victoire : la cour constitutionnelle du pays a décidé que le permis initial de la compagnie minière avait été obtenu illégalement parce qu’ils n’avaient pas consulté les communautés touchées. L’entreprise est maintenant tenue de les consulter. Ceci entraînera probablement d’avantage de tensions et de nouveaux conflits. 

Vous voulez soutenir les pêcheurs de El Estor ? Envoyez-leur un message de solidarité ci-dessous.